La fonction narrative du sublime
dans la photographie prend son sens
en la juxtaposition de plans flous présentant une illusion d'infini pour le lecteur. La combinaison de surfaces lumineuses et colorées crée une représentation unique que le destinataire tend à reconstruire à l'aide de références à des sensations mnémoniques précédemment vécues.

Le spectateur interprète l'image lors du visionnement par ce qu'il ressent et il reconstitue sa propre image mentale en lui donnant un sens par les sentiments que lui procure cette expérience. Il tente de retrouver les repères du monde qu'il occupe face à l'abstraction qui l'habite. Il fouille dans son encyclopédie, active certains acquis du Réel et construit d'emblée un sens pour se sécuriser. Il s'invente une mise en scène qui complète et donne un sens aux procédés picturaux devant lui.

La sémiose peut sans cesse être réinterprétée selon le point de vue abordé et la personne présente devant l'œuvre. Il n'y a ni bonne ni mauvaise interprétation. La culture du destinataire entre en jeu lors du processus de décodage et peut s'absoudre à une impasse au niveau
du sens.

Le sublime d'une œuvre s'exprime délibérément dans des émotions puissantes de plaisirs dramatiques, voire violents, vécues chez le spectateur. Une incompréhension est possible lorsqu'il refuse d'aborder ses sensations résultant d'un vide temporel et spatial qui ne le satisfait pas devant l'impression d'infini produite par l'œuvre.

— Annie Bastien

Le sublime dans la photographie

"Another source of the sublime is infinity; if it does not rather belong to the last. Infinity has a tendency to fill the mind with that sort of delightful honor, which is the most genuine effect and truest test of the sublime…But the eye not being able to perceive the bounds of many things, they seem to be infinite, and they produce the same effects as if they were really so" (Edmund Burke).